un cri de détresse porté par Me Prince Kihangi

À l’occasion du 55ᵉ anniversaire du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), la voix des communautés de la basse altitude s’est élevée avec force. Face au silence institutionnel et au manque de solutions adaptées, elles ont exprimé publiquement leurs frustrations et attentes.
Me Prince Kihangi, Coordonnateur National de l’ONG Les Écologistes RDC et défenseur des droits des communautés locales et peuples autochtones pygmées, a relayé un message clair : la conservation ne pourra réussir que si la justice sociale est réellement placée au cœur de la gouvernance du parc.
1. Un déficit de justice sociale reconnu et dénoncé

Les populations de la basse altitude estiment que leur contribution historique à la préservation du parc n’a jamais été valorisée.
Elles demandent une forme de réparation morale, sociale et historique, signe d’une reconnaissance authentique de leur rôle de gardiens traditionnels.
Pistes de solutions
- Mise en place d’un programme officiel de reconnaissance des communautés protectrices, incluant cérémonies, mentions officielles, et statut communautaire.
- Documentation participative de l’histoire du PNKB avec les récits des anciens, chefs coutumiers et familles riveraines.
2. Peu de bénéfices directs issus de la conservation
Malgré les richesses fauniques et forestières du PNKB, les retombées économiques restent très faibles pour les communautés :
• faible création d’emplois locaux,
• infrastructures rares ou inexistantes,
• participation quasi absente aux projets de développement.
Pistes de solutions
- Réserver un quota d’emplois aux jeunes des communautés riveraines (écogardes, guides, ouvriers, animateurs communautaires).
- Lancer des microprojets communautaires (agroforesterie, écotourisme, pisciculture, transformation des PFNL).
- Développer un fonds social PNKB-Communautés, financé par les partenaires, pour soutenir les initiatives locales.
3. Une gouvernance perçue comme trop centralisée
Les populations demandent une participation réelle ,non symbolique et aux prises de décision du parc.
Pistes de solutions
- Mise en place de comités consultatifs locaux ayant un pouvoir de recommandation formel.
- Organisation d’assemblées communautaires trimestrielles entre le PNKB, les chefs coutumiers et les jeunes.
- Intégration de représentants communautaires dans les processus stratégiques du parc.
4. La question foncière, un point de tension permanent
La dimension foncière reste l’un des sujets les plus sensibles. Les communautés réclament la reconnaissance de leurs droits coutumiers et de leurs territoires de vie.
Pistes de solutions
- Réalisation d’un diagnostic foncier participatif avec cartographie communautaire.
- Mise en place de zones tampons productives négociées entre le parc et les autorités locales.
- Définition de protocoles d’accès contrôlé pour certaines ressources non ligneuses, selon les usages traditionnels non destructifs.
55 ans après : quelles attentes pour l’avenir du PNKB ?
Les communautés riveraines ne contestent pas l’existence du PNKB, mais elles réclament un modèle de gestion plus juste et plus humain. Elles demandent:
- une gouvernance participative et inclusive ;
- des projets socio-économiques visibles et durables ;
- l’amélioration des services sociaux de base ;
- un climat de paix dans et autour du parc ;
- un respect mutuel entre écogardes et habitants ;
- plus de transparence dans la gestion du parc.
Elles aspirent à un parc qui protège la nature, mais aussi un parc qui protège les populations.
Vers une nouvelle ère de dialogue et de cohabitation ?
Le message porté par Me Prince Kihangi résonne comme un appel national à repenser la relation entre le PNKB et les populations de la basse altitude.
Le 55ᵉ anniversaire offre une opportunité historique d’engager un dialogue franc, constructif et durable.
Pistes de solutions transversales pour un nouveau partenariat PNKB-Communautés
- Créer un cadre permanent de dialogue (Plateforme PNKB–Communautés–Partenaires).
- Co-développer un Plan Communautaire Participatif de Conservation valable 3 à 5 ans.
- Mettre en œuvre un mécanisme de plainte et médiation neutre pour prévenir les conflits.
- Valoriser les initiatives de conservation communautaire (forêts communautaires, patrouilles locales, clubs de conservation).
- Promouvoir une communication non belliqueuse, axée sur l’écoute, le respect et la transparence.
Conclusion : Une conservation qui écoute et qui partage
Le plaidoyer de Me Prince Kihangi ouvre un débat essentiel :
le succès du PNKB dépendra de la capacité du parc à intégrer pleinement les préoccupations des populations qui vivent à ses frontières.
Construire une conservation juste, inclusive et durable n’est pas seulement souhaitable c’est indispensable.
55 ans après sa création, le PNKB à l’ occasion de devenir un modèle africain de cohabitation harmonieuse entre l’humain et la nature.

